G A L E R I E D' A R T

Voyage intérieur: autour de la peinture de Marcello Scarselli

www.scarselli-art.com

 

De Riccardo Ferrucci

 

La peinture et l’art contemporain deviennent souvent un voyage personnel dans le monde des visions, presque chaque artiste cherche entre les innombrables sollicitations de la vie et perceptions visuelles qui l’entourent son propre style et une manière autonome de se confronter au réel : le regard actuel devient de plus en plus un instrument à capter les suggestions infinies du monde. A cette règle l’aventure poétique de Marcello Scarselli, auteur toscan qui, partant d’une vision naturaliste et figurative, a en suite dirigé ses recherches vers une peinture informelle et une réflexion raffinée, ne fait pas exception. Une recherche qui le relie directement aux expériences les plus mûres de l’art contemporain, un voyageur attentif e sensible, capable de cueillir et d’approfondir les éléments de la réalité d’une manière synthétique.

Scarselli continue rapidement à approfondir langage et style dans la recherche d’une vérité propre, les méditations sur le paysage toscan laissent la place à des inventions formelles plus élaborées. Comme suggère Carlesi « la recherche formelle remplace quasiment la méditation et le silence. » Des images plus rares, mélancoliques, l’apparition des tons gris, la réduction des tons chromatiques, des signes et des corps sectionnés, des espaces plus vides et essentiels. Les derniers travaux semblent annoncer un voyage intérieur, un discours sur la mémoire et sur le temps, autours des occasions perdues, un regard poétique sur le monde. L’artiste semble écouter une voix intérieur aux multiples échos, des sons divers qui multiplient les signifiants d’une vision moderne qui trouve dans le silence et dans le gris le signe d’une présence.

Les tableaux Harmonie, Figure au coucher de soleil, Formes, Noire et blancs, Réflexion indiquent, dans leur savante construction une manière poétique de procéder à travers des synthèses formelles moderne et des jeux chromatiques subtiles ; la réalité réduite aux éléments essentiels et le voyage dans la matière que devient presque contemplation intérieur. Les expériences de la transavanguardia ou la nouvelle figuration italienne trouvent un fort écho dans la peinture de Scarselli, auteur sachant que la dimension visuel de notre temps peut seulement être raconter d’une manière épisodique, en fragment, à travers des éclairages provisoires. L’artiste moderne peut seulement enregistrer signes et formes d’une présence qui devient absence, dans un jeu avec le temps, l’espace et la mémoire ; la réalité ne vit pas dans ses couleurs réelles, mais dans la réflexion et dans le miroitement, dans la réduction progressive des tonalités chromatiques.

Enrico Baj suggérait “En jouant effleure en nous notre enfance et chaque jour se pose le grand problème comment restituer à l’homme accablé de névroses son bonheur, sa grâce et sa sérénité infantile. Le problème de l’homme ludique, ou jouant est le problème de nous tous et les gouvernements au lieu d’imposer la loi du service militaire, feraient mieux d’imposer le jeu militaire obligatoire. » Retrouver l’homme ludique, enterré en nous, est le projet cher à Scarselli qui tente de récupérer une dimension infantile et de jeu dans son travail : les tableaux semblent réalisés avec la sincérité et la fraîcheur des mains d’enfants. Des œuvres comme Symboles, Figure en confrontation, Souvenirs en rose, Sable renvoient à une dimension infantile, à un puzzle recomposé à travers une maturation et une forte expérimentation linguistique, mais qui réussit à conservé la fraîcheur et la spontanéité d’une dimension ludique, d’un jeu retrouvé, d’un bonheur encore possible.

Le jeu mûr et savant, le bonheur de l’enfance, sont les derniers parcours artistiques sur lesquels se pose l’art de Scarselli qui trouve dans la dimension signalétique, rituel et gestuel, dans le jeu avec le monde une nouvelle manière de raconter une dimension onirique profonde, pour donner voix et sentiment à des suggestions infinies, aux aventures de notre époque. La peinture de Voyage intérieur vit dans ce diaphragme : désire de joie et d’enfance d’une part ; apparition de la nuit et du noir avec ses mystères de l’autre. Un rêve les jeux ouverts, une vision double qui cherche la vie et la joie, bien qu’elle soient traversée aussi des frémissements de mort et de peur.

Dans les oeuvres Paternité, La feuille et la mer, femmes la dimension nocturne et celle du rêve deviennent explicites, déclarés, comme si l’auteur voulait nous faire comprendre que nous ne sommes plus dans la réalité, mais dans une dimension psychologique, dans un parcours intérieur. Le monde est seulement un souvenir, les figures ne sont plus que apparitions, les couleurs sont tempérées dans les tons du noir et du gris, le voyage est absolument intérieur et privé, un regard qu’illumine la profondeur de l’homme. La douloureuse narration privée s’estompe dans l’écho de la vie et de l’enfance ; Scarselli, comme par le passé Klee et Picasso, redevient enfant et laisse les témoignages de son voyage onirique dans Fossiles ou Cyprès, œuvres réalisés avec un geste surprenant, qui possèdent une vérité interne propre.

D’après Dino Carlesi “il y a une attente sur ces toiles de Scarselli, une silencieuse aspiration à la révocation d’un monde qui mérite d’être saisie dans ses contradictions et inquiétudes » ; l’artiste devient témoin d’une douleur et d’une perte, mais l’ensemble de son langage s’ouvre à l’espoir et à la reconquête d’une dimension ludique. Dans l’œuvre de Scarselli nous présentons une conquête intérieur, un langage mûr, qui se développe à travers des approfondissements continus et des parcours formels rigoureux, des synthèses osées, mais réussites comme celles décrites par d’autres artistes italiens : de Enzo Cucchi à Sandro Chia, de Luca Pignatelli à Tommaso Cascella.

Le secret de l’art se trouve dans la tentation de restituer une dimension profonde de la réalité, mais avec un regard neuf et non contaminé : la réalité labyrinthique de notre temps peut seulement être décrite par fragment, instant après instant, geste après geste. C’est dans cette direction qu’avance le Voyage intérieur  de Marcello Scarselli, décrivant un parcours complexe et mature dans l’art contemporain, ne s’arrêtant pas à la surface, mais cherchant à comprendre la profondeur des gestes et des émotions de son temps, comme si il voulait décrire les actions et leurs sources, les émotions cachées, les failles les plus secrètes.

Italo Calvino indiquait dans Leçons américaines la légèreté comme une des valeurs fondamentales du nouveau siècle : « Mon travail a été la plupart du temps la soustraction du pois ; j’ai essayé d’enlever du pois une fois de la figure humaine une fois des corps célestes une fois de la ville, surtout j’ai cherché à retirer du pois de la structure d’une narration et du langage. » Scarselli accomplie un processus analogue dans la peinture, cherchant sa voie vers une légèreté, enlevant du pois aux personnages, réduisant les tonalités chromatiques, cherchant une peinture de l’essentiel. C’est une route vers l’élévation, le rêve, vers un Voyage intérieur mûr, que l’artiste toscan a parcouru ces dernières années.

Scarselli rappelle les rouges et verts de sa terre, de ses paysages, mais cherche plus tard une représentation filigrane et suspendu, plus silencieux, qui parle et suggère à travers le sourire, et l’arrivée du temps de la mémoire, avec les intenses vibrations des gris, des bleus, des terres, des noirs. Préfigurations d’un regard différent ; Sentinelle (titre d’un tableau à forte symbolique, composé à la manière d’une partition de musique), d’un monde difficile à déchiffrer, mais qui vaut la peine de chercher à comprendre et de vivre, connaissant pourtant l’ambiguïté du regard et de la vision contemporain.

                                                              

Florence, 5 octobre 2004